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Patrick Béguinel

Patrick Béguinel

des textes courts, des chroniques, des nouvelles : mon univers...


5 frères partie 1

Publié par Patrick Béguinel sur 18 Octobre 2016, 07:28am

5 frères partie 1

Il s'agissait de cinq frères, cela ne faisait aucun doute : même faciès, même dégaine, même classe naturelle. Ils étaient vêtus de manière semblable, dans un costume noir à fines rayures blanches, taillés sur mesure, tombant à la perfection sur des chaussures noires parfaitement cirées. Je suis sûr que si je m'étais contemplé dans leur reflet, j'aurai pu voir la feuille de salade coincée entre mes dents.

Ils portaient tous les cinq une chemise blanche contrastant, presque violemment sous la lumière crue de l'éclairage de la scène, avec leur peau brune. Ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau, ou plus précisément comme les cinq doigts de la main. Seuls deux d'entre eux se distinguaient des autres : l'un arborait fièrement, au dessus de ses lèvres, une fine moustache à la Duke Ellington tandis que l'autre avait, sous l’œil gauche, une fine cicatrice presque blanche.

Ils étaient debout sur la scène d'un petit club face à une assemblée qui semblait faire peu de cas de leur présence. A côté des cinq types trônaient, fièrement, leurs instruments de musique : batterie, piano, contrebasse et trompette. J'imaginais facilement le plus grand, celui qui était positionné à l’extrême droite, officier au poste de contrebassiste. Ses bras, longs, graciles, terminés par des mains impressionnantes de puissance, lui conféraient l'envergure nécessaire pour jouer d'un tel instrument. Son frère, celui qui se tenait directement à côté de lui, devait être le pianiste. A l'inverse du contrebassiste, il avait des mains délicates, aux doigts fins et arachnéens, laissant présager une aisance hors norme. Quant à départager le batteur du trompettiste, impossible à dire, je n'avais pour l'heure aucun indice à me mettre sous la dent. Je m'interrogeais également sur le rôle du cinquième larron. Etait-il leur producteur et si oui, que faisait-il sur scène avec eux ?

Alors qu'une voix sortie de nulle part nous indiquait que nous allions avoir le droit à une représentation inédite des Robert's Brothers, les cinq type se dirigèrent vers leurs instruments respectifs. Mes déductions avaient été les bonnes : le contrebassiste et le pianiste était bien ceux que j’imaginais à ces postes. Et qui plus est, je ne m'étais pas trompé non plus sur le fait qu'il s'agissait de cinq frères !

Un des trois frères restant, le plus petit, pris place derrière la batterie. Lorsqu'il fit tomber la veste, et qu'il retroussa les manches de sa chemise (dont il déboutonna également le bouton du haut), je découvris des avant bras puissants, indice révélateur de sa place dans le groupe. Il n'en restait désormais plus que deux. Celui de gauche, l'homme à la fine cicatrice sous l’œil gauche, se saisit de la trompette. Au même moment, le dernier s'avança d un pas vers l'avant de la scène, se détachant avec prestance du rideau en velours rouge qui dissimulait les coulisses. D'une voix chaude à faire fondre l'iceberg flottant dans mon verre de whisky, il présenta chacun de ses frères avant d'entamer, A Capela, un chant d'une intensité rare, un blues que j'imaginais transmis de père en fils, depuis une éternité.

A la fin du morceau,les balais frottèrent délicatement la peau de la caisse claire tandis qu'un mi, roulant comme le tonnerre un jour d'orage sous les doigts du contrebassiste, s'accoupla avec la batterie. Sous ce cortège rythmique, provenant des entrailles de l'enfer, se cala le chant, envoûtant, rapidement suivi par quelques accords de pianos, aériens. Le groove emplie la salle du club, faisant taire les derniers indisciplinés parlant boulot ou nana. La trompette fit son apparition au deuxième couplet, claire et limpide comme l'eau surgissant d'une source. J'avais la chair de poule et dans mes veines coulait non plus du sang mais des notes bleues...

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