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Patrick Béguinel

Patrick Béguinel

des textes courts, des chroniques, des nouvelles : mon univers...


Cinq Frères, partie 3 et fin

Publié par Patrick Béguinel sur 9 Novembre 2016, 07:10am

Cinq Frères, partie 3 et fin

Tandis que s’enchaînaient les morceaux, je devins comme tétanisé. Je respirais à peine, le souffle suspendu comme si une simple expiration de ma part pouvait troubler les joueurs et, par conséquent, créer un désarroi entraînant la fin de la magie de leur set. J'étais en transe, porté aux nues, sous le charme. Depuis si longtemps, j'attendais cela et...

« Monsieur, vous allez bien ? »

Une voix sortie de nulle part me fit ouvrir les yeux.

« Quoi ? Répondis-je.

- Vous allez bien ? »

C'était un jeune homme, vêtu comme un pingouin, qui m'adressait la parole.

« Oui pourquoi ? 

- Eh bien, reprit-il, ça fait un long moment que je vous observe et je me posais des questions.

- A quel sujet ? lui dis-je.

- Cela fait plus de dix minutes que vous regardez cette photo et je vous vois bouger bizarrement. Je me demandais si vous alliez bien. »

Je ne compris rien à ce qu'il me racontait jusqu'à ce que je constate qu'il n'y avait aucune musique ici. J'étais effectivement debout, face à une photo en noir et blanc. Sur celle-ci posaient cinq frères, en costume noir à fines rayures et chemises blanches. Elle devait dater des années quarante, quelque chose comme ça... De l'âge d'or du jazz en quelque sorte. D'une époque inconnue de moi, né bien plus tard. Pourtant, elle semblait vivre en moi, elle semblait inscrite dans mes gênes. En regardant cette photo, je m'étais projeté dans un autre lieu, pour écouter la musique de mon imaginaire, une musique faite de notes bleues, de cuivres et de pianos. Je me sentais soudainement stupide, bien qu'encore charmé par la musique que j'avais fantasmé. Si j'avais su jouer d'un instrument, si j'avais su composer, nul doute que j'aurai créé cette musique, une musique prenante, à la fois émotionnellement forte et cruellement dansante. Seulement voilà, je n'étais rien de cela, j'étais juste un passionné de cinquante et quelques années, debout face à une photo dans un bar lambda. Certes, Il n'y avait pas d'âge pour aimer cette musique, elle existait bien avant moi et continuerait à vivre bien après. Mais aussi longtemps que je vivrai, elle m'accompagnera où que j'aille, quoique je fasse.

 

 

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