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Patrick Béguinel

Patrick Béguinel

des textes courts, des chroniques, des nouvelles : mon univers...


Chronique de l'EP de Mogaami, Endless Connection

Publié par Patrick Béguinel sur 20 Avril 2017, 13:34pm

Chronique de l'EP de Mogaami, Endless Connection

Mogaami est un artiste protéiforme qui nous livre, comme ça, l'air de rien, un objet artistique sortant des chemins balisés. Nous ne savons pas si nous avons à faire à un clip musical, à la bande son d'un court métrage, si nous devons séparer la partie vidéo de la partie musicale, ou si, peut-être, il s'agit d'un livre animé. Endless Connection, puisque c'est son nom, nous retourne l'esprit. Et c'est jouissif.

 

La forme.

 

De quoi parlons-nous ici exactement ? Dur à dire. Mogaami a filmé pas mal de ses pérégrinations lorsqu'il est parti au Japon, en 2015. Pour cela, il s'est servi de son Iphone. Pratique, car facilement transportable, Mogaami se sert de ces vidéos pour illustrer son propos. A moins que son propos avait besoin de ces images pour exister pleinement ? Le doute persiste.

 

Le propos.

 

Comme tout objet artistique, il faut un déclencheur, une inspiration. Le Japon fut cette inspiration. Est-ce la frénésie d'une grande ville, que nous imaginons Tokyo, ou Kyoto, ou peu importe finalement, qui a mis le feu à l'esprit de Mogaami ? Impossible à dire, mais le fait est là, son thème est apparu et, pour l'artiste, ce fut le déclenchement de tout. Il allait parler de l'insomnie et de ses conséquences, et tout cela prendrait appuie sur les quelques 600 vidéos qu'il a pu faire lors de son périple, ainsi que sur des compositions de son cru.

 

Le fond.

 

L'insomnie, tout le monde connaît. Si un chanteur comme HF Thiéfaine s'en est inspiré pour un titre comme 113éme cigarette sans dormir, l'insomnie nous a tous plus ou moins côtoyé lors de notre existence. Mais qu'en est-il quand elle devient récurrente ? Elle entraîne bien évidemment de la fatigue, physique et morale, donc de la dépression, mais également une chute de la libido, de l'isolement, une forme de folie également. Celle-ci peut-être générée par une baisse de nos capacités cognitives, une vision amoindrie de ce qui nous entoure, une intolérance aux couleurs, des sons qui se trouvent étouffés, sourds, l'impression de marcher sur des œufs, d'être ou tout léger ou terriblement lourd.

En saturant les couleurs de ses vidéos, en les passant en négatif, Mogaami parvient à nous emmener dans sa perception de l'effet visuel de l'insomnie. Idem concernant les sons : en les assourdissant, en rendant les conversations pâteuses, il crée un malaise, comme un écho au manque de repères générés par la perte du sommeil.

Que dire également lorsqu'il saccade les images, qu'il les répète ou qu'il les hache ? Même effet gênant, angoissant. Il touche du doigt la restitution parfaite du sentiment généré par le manque de sommeil.

 

Forme bis.

 

La vidéo dure quelques 27 minutes et est découpée en 9 chapitres, comme neuf portions d'heure de la soirée et de la nuit.

Une musique l'habille en totalité, ou quasiment. Elle est électro-pop cette musique, nous fait penser à Air par moment, elle est aussi pas mal porté sur le psychédélisme (effet amplifié par les couleurs saturée de la vidéo).

Si un morceau possède quelques notes évoquant le pays du soleil levant, le reste de la musique est plus anglo-saxonne. Le chant y est en effet anglais sur la totalité des morceaux, à l'exception de certaines paroles en français.

Cette musique s'avère apaisante, éthérée, presque planante, et contraste avec les images que nous voyons. Ce contre pied pourtant ne nous rassure pas, il nous pose question. Où l'insomnie nous conduit-elle ? Avons-nous toujours un pied dans la réalité et un autre dans les limbes du manque de sommeil ? Cela colle parfaitement à la philosophie de cet ovni.

 

Résultat.

 

Le pari de Mogaami est fou. Celui d'allier sens esthétique et rigueur du propos. En illustrant sa

vision de l'insomnie, il nous plonge directement dans celle-ci et nous rappelle à quel point cela peut être déroutant de manquer de sommeil, à quel point nous pouvons nous sentir mal et déphasé d'une réalité qui continu à avancer sans nous. Les effets sonores sont d'une justesse incroyable, du son étouffé de celui qui ne capte plus grand chose à ce qui l'entoure pour aller jusqu'au grésillement qui peu flirter avec notre oreille interne lorsque nous sentons que nous allons perdre connaissance.

Il y a aussi ce sentiment de paranoïa qui surgit par delà des images à priori quotidiennes, sans danger. Là aussi, l'auteur met le doigt sur quelque chose d'intangible, d'impalpable. Si le savoir faire technique est réel, et retranscrit à merveille des sensations parfois oppressantes, c'est flippant de voir à quel point Mogaami réussi à mettre le doigt là où ça fait mal.

Nous ne savons pas exactement comment sera commercialisée cette œuvre, qui n'est ni simplement un clip vidéo, ni véritablement un court métrage, mais qui se situe quelque part entre les deux. Si un Ep verra le jour, il convient de visionner le film qui va avec, pour obtenir ce vertige que nous avons nous même ressenti, dans sa totale plénitude.

Ce frisson de malaise, ce côté « déjà vu » de l'insomnie nous a en tout cas estomaqué, preuve s'il en est de la réussite de ce projet dont nous espérons qu'il aura une belle vie... Avant de sombrer dans un sommeil réparateur.

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