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Patrick Béguinel

Patrick Béguinel

des textes courts, des chroniques, des nouvelles : mon univers...


Lettre à mon fils

Publié par Patrick Béguinel sur 12 Avril 2017, 13:43pm

Lettre à mon fils

Bonjour mon fils.

 

Je voulais te dire à l'écrit ce que je n'arrive pas à te dire à l'oral. Cela me taraude l'esprit depuis quelques jours et je me dis que le mieux est encore de t'écrire cette lettre. Quand tu seras en âge de la lire, tu te diras probablement qu'il est facile pour moi d'écrire mes ressentis, mais sache qu'il n'en est rien. Parler de moi m'est extrêmement difficile, tant la pudeur me conduit dans une autre direction, celle de rester muet sur ces vagues d'amour qui déferlent en moi.

 

Tu sais, je ne sais faire qu'écrire des histoires que je bricole tant bien que mal. Des histoires sans foi ni loi, des histoires pour vider ma tête d'idées en passage, des histoires parce que je ne sais faire que cela, même si souvent le résultat est mauvais. Peut-être certains pensent que je ne fais que cela, parler de moi, que tout ne vient que de mes interrogations, de mes observations également, mais ils se trompent. J'imagine tout et jamais je ne prends le risque de m'exposer. Tant de coups déjà reçus ont façonné cette armure derrière laquelle je me réfugie. Sache alors que cette lettre, elle n'est le fruit d'aucune imagination, tout y est réellement vécu.

 

Si aujourd'hui je veux te parler à cœur ouvert, c'est pour que tu gardes cet écrit près de toi, aussi longtemps qu'il te sera important, aussi longtemps que tu en ressentiras le besoin. Il est possible qu'elle te serve à grandir, à franchir ces étapes difficiles qui façonnent la vie d'un être humain : de bébé devenir petit garçon, puis de se transformer en jeune homme, puis en homme et enfin en père.

 

Mais je tergiverse, je dois rentrer dans le vif du sujet et arrêter d'éluder le moment fatal où je devrais enfin te livrer ce que j'ai au fond de moi.

 

Tu es né il y a quelques jours. Déjà ma vie a changé. Avant toi, tout était calme, pour ne pas dire ronronnant. Et tel un ouragan, tu es arrivé. Le mot ouragan est bien utilisé car tu as tout chamboulé dans mon existence. Mes émotions se sont trouvées décuplées. L'amour que je ressentais déjà pour toi, alors que tu étais au chaud dans le ventre de ta maman, a explosé au grand jour quand, pour la première fois, j'ai vu ta petite frimousse. J'ignorais, ainsi que ta maman, si tu étais un petit garçon ou une petite fille. Cela ne faisait aucune différence dans mon esprit car je savais déjà que quoiqu'il arrive, je t'aimerais. J'ignorais juste que la force de cet amour allait tout bouleverser, avec cette infinie douceur si semblable à celle de ta peau.

 

Tu étais si petit, si fragile, pourtant je décelais déjà en toi toute la force que tu renfermais. Cette force, c'était celle de me rendre plus fort moi-même, c'était cette force qui me permettrait de détruire définitivement mes démons. Et j'ai pleuré en te voyant pour la première fois. Pas des larmes de crocodile, pas des larmes de tristesse, mais des larmes de bonheur, d'un bonheur d'autant plus grand que jamais auparavant je n'avais pu imaginer son étendue. Pour en prendre conscience, de cette étendue, il me fallait te découvrir, te toucher, t'embrasser. Alors je t'ai pris dans mes bras. Toi, si petit, et mes mains, si grandes... le contraste était saisissant et me faisait prendre conscience que tu avais besoin de moi. J'avais désormais la responsabilité de ton être, je devais prendre soin de toi, t'élever avec douceur, respect, et amour.

 

Oui, j'utilise beaucoup le mot amour, mais peut-être est-ce simplement parce qu’avec ta venue au monde j'ai enfin perçu avec clarté ce qu'aimer veut réellement dire. J'aime ta maman, cela ne fait aucun doute, mais cet amour-ci n'a rien à voir avec cet amour-. Les deux sont puissants même s'ils ne jouent pas sur le même registre.

 

Aujourd'hui, je me sens complet, comme si la boucle était bouclée, comme si un cercle se refermait. Avant, il laissait entrer n'importe quel courant d'air, aujourd'hui il est hermétique aux perturbations. Tu es ce qui manquait à ma vie. Mais je n'oublie pas une seconde que sans ta maman, il manquerait un sens à ma vie également. À vous deux, vous me complétez. Et avec tes frères et sœurs, vous formez un tout qui me rend fier et fort.

 

Aujourd'hui, je n'espère qu'une seule chose : pouvoir être digne de vous, être le meilleur père qui soit, mais aussi un homme meilleur. Chaque jour qui passe tend à me rendre cet homme-là et je me sens grandi.

 

Mon fils, je terminerai ainsi cette lettre, car il ne faut pas tout divulguer en une seule fois. J'ajouterai donc, en guise de conclusion, ces cinq derniers petits mots : je t'aime mon fils.

 

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Carole 12/04/2017 19:22

C'est magnifique ce que tu lui écris, il saura être fier de son papa Quand il sera grand, parfois seul le regard, la douceur, l'émotion suffise à prouver que l'on aime et il me semble que c'est le plus important lorsque l'on reçois cela. Vous pouvez être heureux et fiers. Des becs

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