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Patrick Béguinel

Patrick Béguinel

des textes courts, des chroniques, des nouvelles : mon univers...


Une vie qu'il n'avait pas choisi (fin)

Publié par Patrick Béguinel sur 5 Avril 2017, 07:04am

Une vie qu'il n'avait pas choisi (fin)

Il avait décidé de reprendre sa liberté. Cette décision se fit à force d'efforts, de mauvaises nuits, de maux de ventre. Son corps refusait absolument de se plier à cette contrainte, il refusait en bloc l'ennui, la cadence, la répétition de la tâche. Il refusait, enfin, de renoncer à ce qui lui tenait à cœur. S'il avait le courage de se lever chaque matin pour faire le guignol dans un entrepôt gelé en hiver, surchauffé l'été, à suivre une cadence imposée par des supérieurs passant leur temps à se promener pour surveiller, de loin, que le travail était bien fait, il devrait bien avoir le courage d'aller démarcher les différents zoos de la région, voire du pays.

Quitter ce taf, voilà ce qu'il devait faire. S'il en avait conscience depuis le début, depuis même qu'il avait accepté de donner de son temps et de son énergie à cette tâche ingrate, il avait pris l'habitude de se rendre chaque jour là-bas. il avait pris l'habitude de laver son cerveau avant chaque mise de clé dans le neiman de sa Clio. Il se disait qu'il le faisait pour obtenir un peu plus de confort dans cette vie qui manquait cruellement de chaleur et de plaisir. Mais il ressentait cette petite pointe d'orgueil, de fierté, qui lui disait sans cesse "tu vaux mieux que ça" !

Ainsi, un beau jour, il ne se présenta pas au pointage. À peine une minute après le début des hostilités dans le hangar 7, il reçut un appel. Puis dix minutes plus tard, un second. Quand, le lendemain il ne se rendit pas sur place, il reçut le même nombre d'appels, avec un message nuancé de menace s'il ne répondait pas I M M É D I A T E M E N T. Il ne répondit ni ne rappela. Et ainsi de suite, le troisième, quatrième, cinquième jour. La semaine suivante, cela recommença, avec pour nouveauté un joli courrier recommandé lui annonçant que des poursuites allaient être engagées à son encontre, qu'il serait licencié sans indemnités. Il s'en foutait. Cette semaine passée, il avait enfin réussi à dormir une nuit complète. Il avait pris le temps de sortir de chez lui, d'aller dans un parc pour y observer la volière, magnifique, installée peu de temps auparavant.

Il avait pris le temps de vivre un peu, sans se soucier de ce qu'il adviendrait de son futur. Il ne voulait plus se mentir, ni faire ce qui ne lui procurait aucune forme de satisfaction. Oui, il fallait être actif, travailler, mais pas à n'importe quel prix. Il ne voulait plus jamais se torturer l'esprit à se demander où, au juste, se trouvait le sens de sa vie. Il avait des rêves, des envies, et il allait se battre pour accéder à ce qu'il croyait être fait pour lui, ou du moins ce pour quoi il était fait. Quand il fut licencié, un poids mort sembla se déloger de sa cage thoracique. Désormais, plus de harcèlement. Désormais, la vie s'offrait à lui. Moins de six mois plus tard, il trouva une place dans un cabinet de vétérinaire. Plus tard, quand son curriculum vitae  exposa fièrement une expérience de quatre ans, il fut recruté par le zoo de Vincennes. Il avait réussi. Sa vie lui appartenait. Il vivait ses rêves.

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