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Patrick Béguinel

Patrick Béguinel

des textes courts, des chroniques, des nouvelles : mon univers...


Moiteur

Publié par Patrick Béguinel sur 27 Mai 2017, 09:00am

Moiteur

Le soleil s'écrasait sur nous, pesant de toute sa chaleur, de toute son aveuglante lumière. Nous étions assis en cercle, en demi-cercle plus exactement, autour d'un amoncellement de pierres irrégulières, grossières. Nous étions silencieux, hagards, comme shooté par ce temps lourd et poisseux, reclus dans nos pensées les plus sombres. La plupart d'entre nous transpiraient. En fait, nous transpirions tous, à gouttes plus ou moins grosses. De larges auréoles maculaient le dos de nos t-shirts, les aisselles également. Certains portaient des chapeaux de paille, d'autres des casquettes, d'autres encore avaient retiré leur t-shirt et s'en était couvert la tête, rosissant de façon alarmante leurs épaules blanches et fragiles.

Un sentiment,  blotti au creux de leur estomac, semblait naître et croître exponentiellement à la chaleur qui tombait sur leurs épaules. Ce sentiment squattait également mes intestins. C'était la colère qui nous habitait, ou la culpabilité, ou la fatalité, ou les trois à la fois, toutes les combinaisons étaient possibles, infinie en fonction du dosage inhérent à chaque personnalité. La colère, comme un poison se diluant dans le sang, se répandait en nous, était propulsée dans nos artères, pulsée par nos coeurs en souffrances, cherchant à se dérober à cette étouffante chaleur.

Personne ne souhaitait prendre la parole pour crever l'abcès qui pourrissait nos cerveaux. Même lui, si grande gueule, si "moi je", la fermait, ce qui nous changeait de l'habitude, même si, sur ce coup-là nous aurions souhaité qu'il assume et qu'il nous dicte, ou du moins nous propose, une conduite à tenir. Nous nous dévisagions à peine, n'osant croiser le regard de celui qui nous faisait face. Je m'immisçais dans leurs silences, dans l'intimité de leur regard vide : lui pensait qu'elle était responsable, tandis qu'elle pensait que tous fuyaient pour ne pas affronter la réalité. Eux voulaient reposer la faute sur mes épaules, sans doute avaient-ils raisons, peut-être avaient-ils torts. Je n'en savais rien, ne voulais rien savoir parce que, à la vérité, je m'en foutais de toute cette merde.

Et cette putain de chaleur ma peau moite, cette putain de sueur qui s'insinuait dans chaque recoin de ma peau, dans chaque pli, dans chaque recoin, dans chaque imperfection cutanée, cette putain de sueur qui me rendait fou, paranoïaque, qui accroissait les battements de mon coeur et accroissait mes perceptions comme seule la colère peut le faire, c'est-à-dire en mentant, en déformant la vérité. Je sentais une goutte se former à la lisière de mon cuir chevelu, à la limite du crâne et de la nuque. Cette goutte avalait sa voisine, se gorgeait d'elle, grossissait et commençait à emprunter le canyon partant du bas de ma tête pour suivre la route accidentée de ma colonne vertébrale pour venir mourir sur l'élastique distendu de mon froc.

Et ce léger mouvement d'air, quasiment imperceptible, qui déclencha un frisson désagréable me tirant de ma léthargie, du moins l'espace d'une demi-seconde, avant que je ne me replonge dans la contemplation du cairn. Je voulais me barrer d'ici, comme lui, comme elle, comme eux, mais ce soleil, cette lumière, cette chaleur écrasante annihilaient toute volonté de mise en mouvement, toute envie de fuir, toute envie de vivre.

Notre sang bouillait.

Notre vue se brouillait.

Notre souffle s'accélérait, flirtant avec la zone rouge de la tachycardie.

Nos battements cardiaques s'affolaient.

Mais était-ce le simple fait de la réaction corporel à cette canicule ou était-ce parce que nous avions merdé, gravement merdé, et que nous le savions, et que nous ne pouvions rien y faire. Nous ne pourrions rien y changer et la chaleur accentuait cette fatalité.

La nuit s'était évanouie depuis quatre heures, emportant dans ses dernières ombres nos innocences et nos puretés...

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